Il ne s’agit pas ici de savoir si l’homme a la raison en partage, et si elle est refusée aux animaux. Dans ce dernier cas, ils ont quelque autre avantage car assurément la nature n’a laissé sans protection aucune de ses créatures ; si une seule était négligée d’elle, de qui pourrait-elle être secourue, puisque toute la création n’est qu’une guerre, et que les pouvoirs les plus contraires se touchent et se limitent l’un l’autre ? Ici l’homme, ce demi-dieu, est tourmenté par les serpents, là par des insectes ; ici un requin le dévore, là un tigre ; c’est une lutte générale entre des êtres qui se font obstacle l’un à l’autre ; chacun pourvoit à sa propre subsistance et défend sa propre vie.

Remarque : ce texte passionnant (paru initialement en 1784-1791) de Johann Gottfried von Herder (1744-1803), philosophe, théologien et mentor de Goethe, affirme l’interdépendance de l’être humain avec son milieu naturel, interdépendance placée sous le signe de la compétition.

Johann Gottfried von Herder (1827). Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité. Tome 1, F. G. Levrault (Paris) : 376 p