[L’homme] remplit de terreur l’air, les mers & la terre,
aux faibles Animaux il déclara la guerre.
Tantôt leur meurtrier, & tantôt leur tombeau,
Il se couvrit les yeux d’un coupable bandeau ;
Aux cris de la Nature il devint insensible ;
Le sang n’effraya plus son courage inflexible ;
Cruel aux Animaux, injuste pour les siens,
Avec son innocence il perdit tous ses biens.
De ce luxe effréné l’affreuse tyrannie,
Par un juste retour fut aussitôt punie.
La fièvre, la douleur, une foule de maux
Sortirent à l’envi du sang des Animaux.
De ce sang étranger la fougue impétueuse
Mit dans les passions une ardeur furieuse ;
Et malgré ses remords dans le crime affermi ,
L’Homme trouva dans l’Homme un farouche ennemi.

Remarque : Alexander Pope est un poète britannique auteur de ce poème héroïque traduit magnifiquement par l’abbé Du Resnel une trentaine d’année après sa parution originelle. On trouve ici, une idée commune pour la plupart des philosophes et de pédagogues du XVIIIe siècle : la cruauté faite aux animaux initie celle faite aux êtres humains. Cette conviction se retrouve aussi durant tout le XIXe siècle dans la littérature enfantine comme dans la mobilisation en faveur de la protection des animaux.

Alexander Pope (1762). Essai sur l’homme, poëme philosophique, en cinq langues, savoir; anglois, latin, italien, françois & allemand, Chez Zacharie Chatelain, libraire (Amsterdam) : 294 p.