Les animaux attachés à la même planète, au même sol que nous, ne sont-ils pas nos compagnons ? ne sont-ils pas aussi les créatures de Dieu ? Ce n’est pas par un retour sur moi-même que je souffre de la peine de mes semblables ; la douleur excite ma compassion, quel que soit l’être qui l’endure, et je crois que c’est un devoir religieux d’en garantir les animaux qui sont sous notre domination.

Remarque : beaucoup de gens connaissent le nom de Flora Tristan, peu l’ont lu et c’est bien dommage. Pourtant, elle est l’auteur d’une œuvre magnifique et importante, Tristan a marqué l’histoire du socialisme et du féminisme. On trouve dans cette courte citation un thème récurrent de la littérature morale de cette époque (1838) : les animaux souffrent de la même façon que nous et alléger leur peine est une nécessité morale et religieuse. Cela permet de souligner que le mépris de l’animal de la culture européenne est souvent attribué, à tort, à la religion chrétienne : les défenseurs des animaux partagent en réalité les mêmes convictions religieuses que tous ceux qui commettent des actes de cruauté.

Flora Tristan (2014). Mémoires et Pérégrinations d’une Paria (1833-1834), Transhumance (Biarritz) : 434 p.